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Le Calcaire idéal

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On ne saurait évoquer l’histoire de Cohons et de ses jardins sans parler de son histoire géologique marquée par l'ère secondaire. Tout commence il y a plus de 200 millions d'années, lorsque la région baignait dans une mer chaude peu profonde, où les formations géologiques issues de la sédimentation marine se sont empilées en couches plus ou moins horizontales, d'épaisseurs variables sur le socle cristallin primaire.  Au Trias, les calcaires durs et la dolomie sur environ 50 mètres puis les formations argileuses sur 100 mètres suivies d'un niveau de grès daté du Rhétien sur 30 mètres. Ensuite, au Jurassique inférieur, la sédimentation devient marneuse sur 130 mètres. Enfin, au Jurassique moyen, les calcaires se sont déposés en plusieurs couches très épaisses d’environ 170 mètres. Ce long travail de sédimentation va durer jusqu’à la fin du Jurassique (- 135 Ma), puis au Crétacé la surrection des Alpes provoque un nouveau soulèvement des Vosges qui entraîne l’inclinaison des couches sédimentaires.

L’érosion durant les millions d’années suivantes finira par décaper les couches les plus tendres pour former le relief des côtes que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi est apparue la cuesta ou rebord du plateau sous laquelle le village de Cohons a été bâti, à la transition entre la couche de calcaire et la couche de marne et d’argile, là où affleurent les « cent sources »  que l’on vantait autrefois.

Écoutons l’érudit langrois Pistollet de Saint-Ferjeux, qui écrivait en 1832 : « On exploite, au milieu du village, une carrière de tuf ; c'est probablement à l’extrême facilité avec laquelle les eaux pénètrent les bancs de ce tuf, que l'on doit leur abondance et leur limpidité ; on exploite aussi dans une autre partie du territoire, et depuis un temps immémorial, une carrière de pierre à bâtir qui sert aux constructions de Langres et d'un grand nombre de villages. Cette pierre calcaire est d'une formation extraordinaire : elle semble d'abord être une agglomération de petits grains ; mais lorsqu'on l'observe de près, on reconnaît que ces grains sont autant de polypiers ; quelques-uns ont la forme d’une étoile parfaitement régulière et percée au centre ; cette dernière variété se trouve surtout dans les fissures de la carrière où elle forme un beau sable qu’on emploie dans les jardins».

Calcaire oolithique, calcaire à polypiers ou encore calcaire à entroques, toutes ces variétés de calcaire ont été exploitées durant des siècles et ont fait la réputation des carriers et des maçons de Cohons. Ainsi, les colonnes monolithes du déambulatoire de la cathédrale de Langres proviennent de Cohons.

C’est bien la présence de cette pierre calcaire, non gélive, abondante et peu chère, qui a permis la création des Jardins suspendus de Cohons, là et pas ailleurs.

Le jardin en terrasses de Nicolas Daguin use habilement de cette pierre qu’il exploite directement sur place, issue de la falaise sous laquelle se déploient les terrasses. Si les moellons des murs de soutènement et de clôture, l’essentiel du volume total de pierre des jardins, proviennent directement de la cuesta, les autres pierres à bâtir ont été extraites dans les carrières du village.  La belle pierre jaune de Cohons utilisée en « grand appareil » pour édifier le pavillon du billard est issue de la carrière de la forêt du Mont ou de celles des Perrières rouges, tandis que le sable des allées, en calcaire polypier, vient des diaclases qui fracturent verticalement la falaise.  On dit qu’il aurait été transporté par les femmes du village, dans des hottes de vigneron.  Enfin, les pierres de couronnement des murs, les marches d’escaliers, les bordures d’allée sortent toutes des carrières de Cohons, payées à la pièce et transportées à pied d’œuvre par des charrois des laboureurs du pays.

François Bertrand fera de même pour les constructions de son Parc des escargots.  Les pierres des murs de soutènement et de clôture sont extraites sur place.  Les deux grands escargots sont érigés à partir des meurgers trouvés à l’endroit même, provenant de l’épierrement des champs voisins, constitués au fil des siècles.  C’est une économie.

Ainsi, la création des Jardins suspendus de Cohons doit beaucoup à ce calcaire omniprésent sans qui rien n’eut été possible malgré la fortune, assez conséquence à l’échelle du pays de Langres, des Daguin et Bertrand.